
L’Inspection Générale des Affaires Sociales a rendu public mardi 2 février 2010 un rapport qui estime qu’une part des 200 000 avortements annuels en France, pourrait être évitée.
Cette étude de l’Igas souligne "la situation paradoxale" qui prévaut dans le pays: un fort taux de natalité, qui coexiste avec un taux de diffusion de la contraception "parmi les plus élevés au monde" et un taux d'interruption volontaire de grossesse (IVG) qui "reste à un niveau relativement important".
Selon les enquêteurs, 4 Françaises sur 10 auront un jour recours à une IVG, soit environ 200 000 femmes par année. Un chiffre à peu près stable depuis la légalisation de cette pratique en 1975, avec une légère hausse depuis 2001, date à laquelle l'avortement a été autorisé jusqu'à 12 semaines de grossesse et pris en charge par la Sécurité sociale.
Plus préoccupant : 72% des avortements touchent des femmes sous contraceptif. Un "taux d'échec" que les auteurs du rapport mettent sur le compte d'une inadéquation entre les méthodes contraceptives et les pratiques. Pour l’Igas, l’évolution des modes de vie, des relations de couple et les attentes des femmes ne sont pas suffisamment prises en compte lors des prescriptions. Pourquoi en rester au « tout pilule », s’interrogent les auteurs, alors qu’il existe une large palette contraceptive : stérilet, préservatif, implant…
Dans ce cadre, il lui paraît « essentiel » de mettre l’accent « sur la formation initiale et continue des professionnels de santé » en matière « de fécondité et de santé sexuelle ». L’Igas ajoute que la contraception d’urgence (notamment la « pilule du lendemain », délivrée sans ordonnance en pharmacie depuis 1999 en France) n’a « pas un impact suffisant pour compenser les échecs de contraception » régulière.
Il faut pointer aussi un manque de prévention, notamment auprès des plus jeunes. Les 2/3 des élèves de 3ème pensent, par exemple, qu'il n'est pas possible de tomber enceinte lors du premier rapport sexuel. Alors qu’elle est une obligation légale (1), l’éducation sexuelle fait souvent défaut dans les établissements scolaires, remarque l’Igas, qui estime pourtant que la prévention passe par une information dispensée « dès le plus jeune âge ». La ministre veut d’ailleurs renforcer l’information en milieu scolaire et reconduire la campagne d’information sur la contraception.
Le rapport recommande également que les campagnes de communication sur la contraception soient « menées suivant une périodicité régulière et rapprochée ». Il souligne enfin que « tous les problèmes d’accès (…) ne sont pas résolus ». Alors que la loi garantit aux jeunes un accès autonome à la pilule, « ce droit leur est dénié dans les faits », écrit l’Igas, puisqu’ils doivent présenter la carte vitale de leurs parents pour se faire rembourser.
Forte de ces enseignements, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot a annoncé mardi plusieurs mesures. Elle veut ainsi « mettre en place un accès anonyme et gratuit à la contraception pour les mineures auprès des professionnels de santé volontaires ». Les infirmières scolaires et les pharmaciens pourront ainsi, d’ici à quelques semaines, « renouveler une ordonnance de pilule sans que les jeunes femmes soient obligées d’aller chez le médecin. Elles pourront se faire rembourser », a-t-elle précisé dans Le Parisien.
Pas assez pour l'association Ni putes ni soumises, qui réclame "un service public de l'accès à la contraception et à l'avortement". Et qui plaide pour que "tous les hôpitaux publics puissent permettre aux jeunes femmes d'avoir des informations tour la contraception et pratiquer l'avortement".
(1) La loi du 4 juillet 2001 précise qu’« une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles et par groupes d’âge homogène ».